Mardi 30 septembre 2008
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11:47
Je ne souhaitais qu'être normale.
Fine et jolie.
Je ne rêvais que de ce corps fragile, élancé et fin qu'elles avaient toutes, et qu'on nous balance dans les
magazines.
C'était LA solution.
La seule et unique aux problèmes existentiels que j'ignorais encore, ou que je refusais de
voir.
Et
j'ai été heureuse.
Enivrée par cette sensation de puissance et de contrôle.
Aspirée dans une spirale ou seule comptait l'euphorie de la perte de poids.
Je ne me suis même pas débattue, je n'ai pas cherché à résister.
Je n'ai ni voulu entendre, ni voulu voir les mises en garde de mes proches.
J'avais raison, ils avaient tort, ils ne me comprenaient tout simplement pas.
Ils étaient faibles, alors que je brillais par l'excellence de mon auto-destruction.
Je ne pouvais me rendre compte que je courrais à ma perte.
Et
puis il y à eu ce jour.
Ou tout a basculé.
Parce que j'ai compris, j'ai vu l'ampleur des dégats.
Ce jour, c'est celui ou je me suis dit que je ne pouvais plus faire marche arrière.
J'ai compris que j'étais piégée.
Piégée dans mon propre corps, dans ma chaire, dans ma graisse devenue quasi invisible.
J'ai
eu faim, une faim terrible.
L'envie de dévorer s'est faite sentir, plus forte de jour en jour.
Et j'ai sombré de l'autre côté.
Je n'ai plus connu alors que le dégout pour moi-même.
Cette horreur que je suis devenue.
Que je perde du poids ou que j'en prenne, l'important n'est plus là.
Je ne me supporte plus, c'est tout.
J'aimerai retrouver cette ivresse du début.
Le pire est que je l'attend encore, je l'espère encore.
Le corps parfait, si fin, si fragile, si pur.
Après tout ça.
Ce n'est plus de la naïveté.
C'est de la connerie.
Huit ans se sont écoulés.
Mes dents sont abimées, mon corps est mutilé à vie.
Mon regard est souvent vide et triste, las de tout.
Je voulais juste être mince et jolie.